Cours de licence de droit:
Histoire des institutions.
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Titre 2 : la Gaule franque (6e – 10e siècle)


Au cours de cette période, l’héritage romain reste particulièrement présent. Les descendants de Clovis sont appelés les Mérovingiens. Ils vont régner sur la Gaule jusqu’à l’aube du 8e siècle. Mais leur règne ne sera pas linéaire, il règne du 6e au 8e siècle au prix de certains partages. À la suite des Mérovingiens, viennent les Carolingiens qui se maintiennent au pouvoir jusqu’au 10e siècle. Ces deux dynasties vont essayer de cultiver l’héritage romain, les Carolingiens se montrant encore plus ambitieux et plus efficaces que les Mérovingiens sur ce point.

Chapitre 1 : la Gaule mérovingienne (6e – 8e siècle)


La royauté mérovingienne dure près de deux siècles et demi, ce qui est relativement long pour de simples Barbares. Elle commence à l’avènement de Clovis (481) et s’achève avec le sacre de Pépin le Bref (754). Cette dynastie s’est établie progressivement et se traduit par un renouvellement des institutions. Ce renouvellement concerne surtout les institutions laïques, mais cette dynastie a aussi permis le développement des institutions ecclésiastiques (Clovis et les Mérovingiens n’ont jamais été sacrés).


I – La royauté mérovingienne

La royauté mérovingienne s’installe progressivement en Gaule car les Mérovingiens doivent conquérir. Ils parviennent à conquérir grâce à des arguments, des moyens qui permettent de dégager les caractères principaux de cette dynastie.

a) L’installation d’une royauté franque

Lorsqu’ils s’installent en Gaule, les Francs ne présentent pas d’unité politique, leur peuple est divisé. Il va être fédéré par Clovis, qui va se servir de cette fédération franque pour unifier la Gaule entière. Les Francs vont ainsi parvenir à constituer un véritable royaume.

1) L’arrivée des Francs en Gaule

On distingue deux tribus principales chez les Francs : les Francs Saliens et les Francs Rhénans (ou Ripuaires). Au début du 5e siècle, les Francs Rhénans s’installent sur les rives du Rhin en dehors de l’Empire romain. Ils vont constituer une sorte de tampon entre le monde romain et le monde barbare. Les Francs Saliens se sont installés dans l’Empire romain entre la fin du 4e siècle et le début du 5e siècle. Ils s’installent dans le Nord de la Gaule, sur le sol de l’actuelle Belgique. C’est le pouvoir romain qui a favorisé cette installation. Les Francs Saliens sont des guerriers réputés, le pouvoir romain veut se servir d’eux pour lutter contre les invasions germaniques. L’implication des Francs est manifeste puisqu’ils combattent aux côtés des Romains en 451 et ils vont permettre la victoire romaine des champs catalauniques contre Attila. Après cette victoire contre Attila le Hun, les Francs Saliens estiment qu’ils n’ont plus à prendre leurs ordres de l’Empire romain. Ils vont donc faire preuve d’une certaine indépendance au sein de l’Empire. Au milieu du 5e siècle, le roi des Francs Saliens (Mérovée) se choisit une capitale : Tournai. Son successeur s’appelle Childéric. Il s’agit d’un roi médiocre qui règne de 457 à 481. Il a pour principale qualité d’être le père de Clovis. Clovis, fils de Childéric, devient roi des Francs en 481. C’est lui qui va remplir une œuvre politique et militaire considérable.

2) Clovis et l’unification de la Gaule

Lorsqu’il monte sur le trône en 481, il hérite d’un royaume qui s’étend du Sud de la Belgique à la Somme. Le père de Clovis était encore un gouverneur de l’administration romaine, donc Clovis a une certaine idée de Rome, une certaine admiration pour ses institutions. Il veut donc se présenter comme l’héritier de Rome. Seulement il n’est pas seul, un autre personnage du nom de Syagrius, lui conteste ce titre d’héritier de Rome. C’est aussi un ancien administrateur romain et un ancien chef de l’administration. Il se fait appeler le « roi des Romains ». Le conflit entre Clovis et Syagrius a lieu en 486 lors de la bataille de Soissons. Clovis l’emporte et conquiert du même coup l’ensemble de la partie Nord de la Gaule depuis le sud de la Belgique jusqu’à la Seine. Cette conquête n’est pas brutale ni destructrice, elle est uniquement militaire car Clovis laisse intactes toutes les institutions administratives et fiscales qui avaient survécu à la chute de Rome en 467. Clovis descend petit à petit avec ses troupes en direction de Sud. Il conquiert progressivement sans véritable opposition.

Les Gallo-romains se laissent faire, ils préfèrent se rallier à lui. À partir de 493, Clovis conquiert encore plus facilement : il épouse une princesse du nom de Clothilde, fille du roi des Burgondes (Gondebaud). Ce mariage est une réussite parce que Clothilde est catholique. Dans la conquête, lorsque Clovis rencontre des populations gallo-romaines, le fait qu’il ait une femme catholique lui attire les faveurs de celles-ci. En d’autres circonstances, Clovis est obligé de combattre. En 496, il rencontre à Tolbiac un autre peuple barbare : les Alamans. Il remporte cette bataille. Suite à cette victoire, il sécurise la frontière Est de son royaume. À la suite de cette bataille, Clovis prend une décision importante : il se convertit au christianisme. Entre 496 et 499, Clovis se fait baptiser à Reims par l’évêque Rémi. Il se fait baptiser avec une centaine de ses guerriers. On pense que son épouse a dû influer sur son choix, ou que c’est un calcul politique ou une conviction personnelle. La conversion des Francs facilite leur intégration au monde gallo-romain. Les conséquences du baptême sont immédiates, l’autorité et sa protection de Clovis sont désormais reconnues par l’ensemble des Chrétiens de l’ancien empire. Clovis reçoit aussi l’appui du réseau ecclésiastique, resté debout même après la chute de Rome. La politique de conquête se poursuit en 507 par la bataille de Vouillé durant laquelle Clovis renvoie les Wisigoths en Espagne et le roi Alaric II est défait. Le Royaume des Francs continue son expansion au sud et s’étend dorénavant jusqu’aux Pyrénées. En 507, la capitale franque n’est plus Tournai mais Paris. Clovis arrête alors sa politique de conquête. À la mort de Clovis, la Gaule n’est pas totalement unifiée, un royaume barbare résiste aux Francs : les Burgondes (Nord des Alpes). Ce sont les fils de Clovis qui, dans les années 520, vont finir la conquête du père et unifier la Gaule.

Clovis a donc remporté d’importants succès militaires mais il n’est pas seulement un roi conquérant, il est aussi un législateur et un fondateur. Il a fondé le regnum francorum (le Royaume des Francs). Et ses fils, malgré certaines divisions, sauront poursuivre son œuvre pendant tout le 6e siècle.

3) La Constitution d’un regnum francorum

En quelques décennies, Clovis est parvenu à constituer un véritable Royaume franc. Ce royaume se caractérise par une unification politique. La plupart des territoires, qui formeront plus tard la France, sont déjà réunis sous une même autorité. Mais ce n’est pas seulement une unification territoriale, Clovis et ses fils sont parvenus à établir une véritable royauté franque car elle est dorénavant en mesure de se transmettre. Après la bataille de Vouillé (507), Clovis est même reconnu par l’Empereur romain d’Orient comme unique roi des Francs. Cet empereur, en 507, lui accorde même l’ancien titre romain de Consul. Après 507, Clovis s’empare donc des attributs romains du pouvoir. Il revêt ainsi la robe pourpre et le diadème des triomphateurs romains. En 507, Clovis obtient donc deux choses : une pleine légitimité auprès des Gallo-romains et le respect des peuples barbares grâce à ses conquêtes. Les liens qu’il a tissés avec l’Église (à partir de 493, puis son baptême), favorisent la cohésion de son royaume. Le royaume des Francs, du fait de ces réussites, est déjà une préfiguration du futur Royaume de France. Ce royaume reste cependant, pour l’heure, le Royaume des Francs car c’est le royaume d’une royauté très particulière.


II - Les caractères de la royauté franque

Le roi barbare est choisi selon des critères précis, critères qui caractérisent une conception typiquement mérovingienne du pouvoir. Cette conception s’accompagne aussi de règles précises en ce qui concerne la transmission de la royauté. Les critères selon lesquels les Francs choisissent leur roi, ainsi que les règles de transmission du pouvoir, s’opposent assez nettement à la conception romaine du pouvoir. Critères : le roi franc est avant tout un chef guerrier, c’est aussi un chef de clan, il doit faire la preuve sa valeur et de sa force physique. Les rois francs ont une appellation particulière, on les appelle les « reges criniti » (les rois chevelus, littéralement « à crinière ») parce que symboliquement, ils portaient les cheveux longs (symbole de leur force). La perte des cheveux longs entraînait la déchéance du roi. Ainsi, par exemple, entre 751 et 754, lorsque Pépin le Bref a déposé le dernier mérovingien Childéric III, il l’a fait enfermer dans un monastère et lui a fait tondre la tête en public.

La royauté mérovingienne repose sur la symbolique de la force et de la valeur guerrière. Pour les Francs, celui qui règne, c’est celui qui est victorieux. Les victoires militaires des rois sont indissociables de leur autorité. Les critères de sélection sont particuliers. Les Mérovingiens connaissent une hérédité relative. Le futur roi doit être choisi dans une famille particulière, qui possède un charisme (c’est-à-dire une aura divine qui entoure le chef). La famille en question est celle de Mérovée, le roi franc doit être choisi au sein de sa famille. C’est une hérédité relative car si cette famille perd le charisme, elle perd le pouvoir. Le roi mérovingien règne donc en s’appuyant sur la symbolique de la force et sur le charisme. Son pouvoir peut donc paraître fragile. Cette impression est renforcée par les modalités du choix puisque le roi franc est choisi par une élection lors du plaid (assemblée de guerriers). Les guerriers vont alors élever le roi sur un bouclier, c’est l’élévation sur le pavois (élection et avènement du roi). Le choix d’un roi est un rite d’approbation et les apparences laissent penser que le roi franc est un roi faible.

1) Les pouvoirs du roi franc

Ils reposent sur deux éléments. Il règne d’un côté grâce à l’autorité qu’il fait valoir et d’un autre côté parce qu’il entretient des liens particuliers tissés avec ses guerriers.

a) L’autorité du roi

Son autorité repose sur deux attributs d’origine germanique dont un est appelé à un avenir florissant : le mundium et le bannum. Le mundium est un pouvoir d’origine patriarcale, il s’agit du pouvoir du chef de famille chez les Germains, c’est un pouvoir de protection d’un maître sur un groupe d’individus. C’est en général la famille, mais ça peut être la protection d’un chef de guerre sur ses fidèles. Par le mundium, le roi procure la paix, la protection à tous ceux qui se soumettent à son autorité. Grâce à ce mundium et à la paix qu’il assure, le roi peut rendre la justice. Le roi franc accorde et retire son mundium à qui il veut. Celui qui s’oppose au mundium s’expose à des sanctions pécuniaires (le « wergeld »). Par le wergeld et le mundium, le roi maintient l’équilibre social.

Celui qui décide de se mettre en opposition au mundium et qui refuse de payer le wergeld se place alors hors la loi et du ban, il sort du bannum. Le bannum est le pouvoir de commandement du chef. Les éléments fondamentaux du bannum sont : le roi peut ordonner, interdire et contraindre. C’est grâce au bannum que le roi franc légifère. Grâce au ban, il exige aussi certains services. Il exige des guerriers qu’ils se rendent à l’Armée lorsque le roi la convoque, qu’ils se rendent au tribunal du roi. Lorsqu’un guerrier se place hors du ban, il peut aussitôt être mis à mort. Le roi a la mainmise sur ses guerriers, mais ne peut pas les ignorer.

b) Les liens personnels du roi avec ses fidèles

Le roi mérovingien ne gouverne pas seul, il s’appuie sur une aristocratie puissante, sur des guerriers de grande renommée qui deviennent rapidement de riches propriétaires. Ces guerriers qui sont les proches du roi sont les « leudes ». Ces leudes prêtent un serment particulier au roi. Régulièrement, le roi exige le renouvellement du serment pour marquer régulièrement l’adhésion de l’aristocratie à son autorité. Ce serment est le « leudesamium ». C’est en principe un serment unilatéral, ce sont les guerriers qui le prêtent au roi. Les leudes s’engagent, a priori, sans contrepartie. En réalité, le roi récompense ses fidèles, il leur octroie des cadeaux. Ce système favorise le plus offrant. Les leudes, en effet, vont promettre fidélité au roi qui promet les plus gros cadeaux. Certains guerriers vont donc passer de la fidélité à un roi franc à un autre. Ce serment concerne aussi les basses catégories de la population. Les rois mérovingiens vont exiger un serment de tous les hommes libres. Le serment devient public, il est prêté devant un fonctionnaire du roi (comte), dans un lieu sacré (ou sur des reliques). Ce serment va durer pendant toute la période mérovingienne. Mais à partir du début du 8e siècle, le serment perd de sa force lorsque la dynastie mérovingienne n’est plus qu’un symbole. Le serment, en général, restera le principal mode d’engagement du Moyen Âge français.

2) La transmission du pouvoir

La monarchie franque est particulière, elle s’appuie sur la tradition – une tradition qui confère au roi sa force, mais aussi sa faiblesse. Cette monarchie se caractérise ainsi par un partage du pouvoir : lorsqu’un roi décède, les Francs partagent le pouvoir, qui était unifié, entre les héritiers du roi. C’est donc un synonyme d’affaiblissement pour la royauté mais il n’a pas de conséquence pour le royaume des Francs.

a) La tradition du partage du pouvoir à la mort du roi

Selon la tradition des Francs, les fils du roi mérovingien divisent entre eux le royaume de leur père à sa mort. Ainsi, en 511, lorsque Clovis meurt, ses quatre fils se partagent le pouvoir :
• L’aîné de ses fils s’appelle Thierry, il reçoit la région nord-est du royaume (Cologne, Mayence et Reims) et une partie de la Champagne et de l’Auvergne.
• Le deuxième fils de Clovis, Clodomir, reçoit le centre du royaume entre Orléans et Nantes. Son autorité s’étend jusqu’à Bourges.
• Childebert reçoit l’Île-de-France et une partie de la Normandie.
• Clotaire reçoit le reste du royaume : le Nord (de Soissons jusqu’à Noyon et de Tournai jusqu’à Maastricht).

Enfin, l’Aquitaine (ancien royaume des Wisigoths) est divisée entre les quatre. Quatre rois, quatre territoires, quatre autorités. Mais le partage n’est pas si problématique qu’il n’y paraît...

b) La nature du partage

À la mort d’un roi, ce que partagent les Francs, en réalité, est le pouvoir. Mais juridiquement, le regnum francorum reste un tout unitaire. Les descendants de Clovis s’attacheront ainsi à l’augmenter. En 534, les fils de Clovis conquièrent le royaume des Burgondes. En plus de cela, les quatre fils choisissent des capitales proches :
• Reims pour Thierry
• Orléans pour Clodomir
• Paris pour Childebert
• Soisson pour Clotaire

Chacun d’eux porte le titre de rex francorum, seul ce titre est partagé. Juridiquement, le royaume reste unitaire. Les partages mérovingiens n’expriment pas l’assimilation de la royauté à un patrimoine. Les partages sont plus subtils, ils traduisent la participation de tous les descendants de Clovis à un même privilège dynastique. Chaque division représente une part du royaume et non un royaume autonome. Du fait des hasards dynastiques, il arrivera même que le royaume des Francs soit à nouveau unifié. La période d’unification la plus célèbre est celle qui se tient au milieu du 7e siècle, sous le règne du roi Dagobert, qui est un symbole de réussite et d’unification du pouvoir. La règle est que de nouveaux partages interviennent, chaque fois qu’un roi décédé laisse plusieurs fils.

La logique du partage dynastique affaiblit la royauté mérovingienne. Cette logique traditionnelle est affaiblie par la royauté. Certains fonctionnaires du roi tireront profit des partages pour conquérir le pouvoir pour eux seuls. Il s’agit d’une royauté, elle est donc assez subtile dans son contenu juridique, une royauté affaiblie par la logique des partages, mais une royauté qui, grâce au mundium et au bannum, a les moyens de se structurer, de se développer.

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