Chapitre 9 : la vie adulte
9-1 Introduction
Si la littérature concernant la psychologie de l’enfant et de l’adolescent est particulièrement bien fournie, celle concernant l’âge adulte est beaucoup plus mince. Cette situation semble due principalement au fait que cette période de la vie est la conséquence des deux précédentes, qui sont donc jugées comme déterminantes. Cependant il serait faux de croire que la psychologie de l’adulte est secondaire par rapport à celle qui porte sur les périodes antérieures dans la mesure où l’adulte a aussi sa spécificité et l’apparente stabilité qui pourrait le caractériser cache en fait une évolution riche et une capacité d’adaptation dont les ressources sont nombreuses. Ceci étant dit, c’est bien à l’âge adulte que se fixent les traits fondamentaux de caractère résultant des expériences vécues au cours de l’enfance et de l’adolescence.
L’âge adulte est principalement, selon la psychanalyse freudienne, l’âge au cours duquel se fixent certains types de comportement résultant de la manière dont ont été vécues les différentes phases de l’enfance et de l’adolescence, c’est pourquoi on pourra distinguer chez l’adulte des individualités manifestant un caractère soit oral, soit anal, soit génital. Selon la psychanalyse jungienne, il faut aussi distinguer parmi les différents caractères de la personnalité des tendances à l’introversion ou à l’extraversion, ces derniers étant peut-être plus déterminés par des facteurs constitutionnels que par des causes environnementales.
L’âge adulte est également sur le plan psychosocial l’âge qui s’initie par la conquête de l’indépendance ou, plus exactement, par une modification des dépendances par rapport à la famille et à l’autorité parentale essentiellement. C’est à partir de ces éléments que nous tenterons de dresser un tableau des caractéristiques essentielles de la psychologie adulte tout en tenant compte de la diversité des parcours individuels. Ces différents types de personnalité ne se réalisent jamais pleinement en un seul individu, ils ne désignent que des tendances de la personnalité, ce qui explique que l’on n’aura jamais affaire à un individu présentant un caractère totalement oral ou anal, ou totalement extraverti ou introverti, on constatera plutôt des tendances à l’oralité, l’analité ou la génitalité ou à l’extraversion ou l’introversion.
9-2 Comment se mettent en place les différents traits de personnalité ?
Si nous nous fions aux théories de Freud, nous sommes tous, dans une certaine mesure, névrosés, parce que n’étant pas parvenus à résoudre certains de nos problèmes infantiles, certains de nos comportements sont en quelque sorte restés fixés à ce qu’ils étaient durant l’enfance ou, en tout cas, expriment, signifient le caractère non résolu de certains de nos traumatismes ou de certaines de nos frustrations.
Ces caractères n’ont en eux-mêmes rien de pathologiques, tant qu’ils ne viennent pas affecter le comportement normal du sujet, c’est-à-dire tant qu’ils s’intègrent à la génitalité, tant qu’ils ne viennent pas nuire à la vie du sujet en le rendant malheureux et en portant atteinte à son entourage, ils constituent des éléments structurant de la personnalité déterminant le caractère particulier de tel ou tel individu. Certains caractères de la psychologie adulte sont quant à eux l’accomplissement de tendances constitutionnelles du sujet, c’est-à-dire inscrites dans sa nature et qui se développent et prennent ensuite forme en fonction des différentes expériences vécues par le sujet. C’est semble-t-il ce que pense Jung au sujet des types introvertis ou extravertis.
9-3 L’influence déterminante de l’enfance
La construction de la personnalité adulte est donc, au moins en partie, la conséquence de ce qui a été vécu durant l’enfance. Comme nous l’avons remarqué en étudiant les périodes prégénitales, elles correspondent chacune à certains types de problèmes bien spécifiques qui trouvent plus ou moins leur résolution. Les solutions étant toujours partielles, les situations spécifiques à ces périodes ne se dénouent pas sans laisser quelques cicatrices qui viennent marquer le caract`ere de l’adulte. On peut même remarquer certaines interférences entre les différentes étapes du développement car ce n’est pas parce que le sujet passe d’un stade à un autre que pour autant il a réglé toutes les difficultés liées au stade précédent.
C’est la raison pour laquelle il arrive fréquemment que certains comportements ou certaines représentations correspondent à des mécanismes de fixation et de régression relativement à des périodes antérieures. Il y a fixation lorsque le sujet, ayant trouvé dans son enfance une certaine forme de réponse face à certaines difficultés, continue tout au long de sa vie à répondre à ces situations de la même façon. Il y a régression lorsque, pour une raison ou pour une autre, le sujet, confronté à une situation qu’il a déjà rencontré dans son enfance, se met à nouveau à y répondre comme il y aurait répondu lorsqu’il était enfant.
9-4 La personnalité orale
Ce que nous allons décrire ici ne correspond pas à des individus réels, mais à des types humains – on ne rencontrera jamais dans la vie courante une personnalité totalement orale ou totalement anale, on ne rencontrera que des personnes manifestant certaines tendances, certains traits de personnalité plus ou moins dominants, dans un sens ou dans un autre. L’oralité se caractérise, il faut le rappeler, comme une période anobjectale durant laquelle le nouveau-né cherche à maintenir la relation symbiotique avec la mère. La nostalgie de l’unité fusionnelle avec la mère est l’un des traits propres au caractère oral, il s’agit souvent d’une personnalité qui cherche à communier avec l’autre, à s’unir à lui de manière indissociable.
Ces traits de caractère se manifestent dans certaines amitiés adolescentes ou dans la relation amoureuse. Cette nostalgie de l’unité fusionnelle avec la mère fait de l’individu chez qui l’oralité est dominante un être toujours en quête d’un idéal irréalisable, ce qui fait de lui un être en permanence insatisfait. Ceci étant dit, c’est un optimisme et une crédulité sans limites qui animent l’oral et qui nourrissent ses espoirs démesurés. La personnalité orale concerne également des individus qui, comme le nourrisson, sont incapables d’attendre et de faire preuve de patience, de même que le nouveau-né se met en colère si le sein ne vient pas assez vite, le caractère oral veut tout, tout de suite et ignore la temporalité.
Et non seulement il veut « tout, tout de suite », mais il lui faut aussi « tout ou rien », de même que pendant la période orale la mère est totalement présente ou cruellement absente, bonne mère ou mauvaise mère, l’adulte chez qui l’oral est dominant ignorera l’ambivalence et le compromis. Bref, si l’on voulait résumer tout cela, nous pourrions dire que l’oral prend ses désirs pour des réalités et refuse de s’adapter à cette dernière. Comme l’enfant durant le stade oral, il accorde la primauté au principe de plaisir et a du mal à s’intégrer le principe de réalité. Tous ces traits de personnalité se traduisent d’ailleurs dans la vie amoureuse de l’oral qui s’investira énormément sur le plan affectif en plaçant sa sexualité au second plan et qui sera soit l’être d’un seul amour (le plus souvent impossible), soit au contraire celui qui accumule les aventures sans lendemain et qui est toujours désespéré de ne pas avoir rencontré l’amour de sa vie.
En ce qui concerne la vie sociale, l’oral est très individualiste et égocentrique, comme peut l’être le nourrisson qui fonctionne uniquement de manière autoérotique et narcissique. D’autre part, l’oral a un rapport problématique avec l’argent, qu’il ne sait pas gérer, son désir de se satisfaire dans l’immédiat le conduisant parfois à des dépenses inconsidérées. L’adulte oral attend donc passivement que le monde réponde à ses désirs et s’imagine qu’il mérite ce qu’il attend, il ressent donc comme une injustice tous ses espoirs déçus. En ce qui concerne la recherche du plaisir, l’oralité est un élément constitutif indéniable de l’érotisme adulte ; ainsi le baiser est l’une des survivances du plaisir oral dans la sexualité adulte.
D’autre part, parmi les troubles névrotiques, bon nombre d’entre eux, comme la boulimie, s’enracinent dans l’oralité. En effet, la faim compulsive que ressent le boulimique n’est aucunement destinée à satisfaire un besoin physiologique, mais à combler une angoisse, un vide existentiel comparable à celui que ressent le nouveau-né lorsque la mère est absente et ne peut satisfaire ses exigences. La bouche en tant que zone érogène est à l’origine de nombreux comportements dont la fonction est essentiellement de calmer l’angoisse et le sentiment de vide intérieur ; c’est le cas du tabagisme et de l’alcoolisme, qui peuvent s’enraciner dans de tels sentiments.
Toutes ces activités orales jouent le même rôle que la succion du pouce chez le tout jeune enfant. Pareillement, le fait d’inhaler de la fumée, et a fortiori de boire ou de manger, correspond au souvenir inconscient de ces moments au cours desquels l’enfant trouvait un moyen d’apaiser son angoisse par la succion et la tétée, qui lui permettait non seulement d’absorber le lait maternel, mais également toute l’affection maternelle. Le caractère exigeant et égocentrique de l’adulte dominé par l’oralité peut le conduire à développer un fort sentiment de culpabilité, s’accompagnant parfois d’une forme de sadisme se manifestant dans la tendance à vouloir imposer immédiatement aux autres sa volonté.
L’oral peut même manifester sa tendance agressive par un comportement de type sadique comparable à celui de l’enfant qui, après l’apparition de la première dentition, prend un plaisir sadique à mordre. Certaines personnalités auront également tendance à refouler leurs tendances orales, avec pour conséquence un refus de tout plaisir oral pouvant conduire au dégoût par rapport au baiser ou à la nourriture (anorexie). La cause de ce type de régression ou de fixation semble venir de l’incapacité à supporter la frustration parce qu’elle n’a pas été vécue durant la prime enfance, l’adulte oral se comportant un peu comme un enfant capricieux à qui rien n’a jamais été refusé : n’ayant pas appris à être insatisfait dès le plus jeune âge, n’ayant pas expérimenté suffisamment tôt la frustration, il éprouve une grande difficulté à accepter et à intégrer ensuite le principe de réalité.
9-5 La personnalité anale
C’est autour du couple rétention-expulsion que s’articule l’ambivalence qui caractérise la personnalité anale. Ses traits de caractère sont en général moins visibles que ceux de la personnalité orale et se manifestent le plus souvent (par sublimation) sous une forme déguisée nécessitant une certaine interprétation. Selon Freud, trois attitudes caractérisent la personnalité anale : l’ordre, la parcimonie, l’obstination.
Durant la période anale, l’enfant est éduqué à la propreté, il doit donc exercer sur lui un contrôle et une maîtrise, mais la situation qui est la sienne le conduit très vite à s’apercevoir qu’il peut aussi, en « faisant » ou en ne « faisant pas », faire plaisir ou ne pas faire plaisir à ceux qui l’éduquent à la propreté. Il exerce donc ainsi un certain contrôle sur son entourage. L’adulte anal va donc avoir le souci de la maîtrise sur toute chose, il va vouloir soumettre tout (lui et les autres) à son autorité ; l’anal veut à ce point être autonome qu’il en arrive à se surestimer de façon narcissique.
La personnalité anale est donc très exigeante vis-à-vis d’elle-même et d’autrui, ce qui la conduit le plus souvent au perfectionnisme ainsi qu’à des atitudes de défi que l’anal se lance à lui-même comme s’il voulait toujours se prouver quelque chose à lui-même. Cela va avoir des conséquences dans sa vie sociale et relationnelle puisque l’anal se complaira dans les rapports de force, il ne concevra la relation à autrui (même dans la relation amoureuse) qu’en termes de domination. Cela le conduira à rechercher dans la société des fonctions élevées afin de dominer les autres qu’il considérera souvent avec mépris et dégoût comme s’il s’agissait de matière fécale.
Ceci étant dit, la personnalité anale présente aussi des qualités positives : elle sera méthodique, ordonnée et persévérante (parfois même jusqu’à l’obstination). Autre élément central pour l’anal : l’argent, la parcimonie étant l’un de ses traits fondamentaux. Le rapport à l’argent peut en effet être comparé à celui que l’enfant entretient avec ses excréments dans la mesure où il s’organise également selon le couple rétention-expulsion. Ainsi, le souci de contrôle et de maîtrise de l’anal le conduit à une certaine réticence face à la dépense, qui peut conduire aux formes les plus aliénantes d’avarice. Ce rapport à l’argent s’étend au temps, l’anal a toujours peur de perdre son temps – tout moment consacré au plaisir et à la distraction sera considéré comme non rentable et sera donc vécu douloureusement.
Cependant, de même que l’enfant prend d’abord plaisir à se retenir le plus longtemps possible pour ensuite expulser ce qu’il a en lui de manière libératoire, l’adulte anal pourra faire alterner de longues périodes de privation avec de brefs moments de dépense ou de perte de temps qui lui donnent l’illusion de la liberté, mais qui sont souvent suivis d’un fort sentiment de culpabilité. L’un des traits essentiels de l’adulte anal est donc d’accorder une valeur excessive à l’avoir qui est toujours considéré comme supérieur à l’être ; ainsi l’anal trouvera beaucoup de plaisir aux collections diverses et manifestera une forte répugnance au gaspillage.
Le dernier point caractéristique de la personnalité anale est le goût prononcé pour l’ordre et la propreté ainsi que le dégoût pour la saleté. Il s’agit en fait d’une réaction du sujet face à son intérêt pour les matières fécales. La raison de telles fixations ou regressions peut provenir d’une trop grande importance accordée à l’éducation à la propreté durant l’enfance, le sujet apprend alors à envisager le monde de manière égocentrique et il ne conçoit sa relation à lui-même comme à l’autre qu’en termes de domination et de rapport de force.
9-6 La personnalité génitale
Selon la psychanalyse, la génitalité – l’organisation de la sexualité autour de la zone génitale – correspond à la normalité. Cependant, le caractère génital ne se rencontre jamais sous sa forme parfaite dans la réalité. Une personnalité normale et équilibrée est plutôt un composé harmonieux de différents traits oral, anal et génital. Simplement, l’adulte est celui qui est parvenu à dépasser ses tendances infantiles de façon à ce qu’elles ne viennent pas entraver sa vie sociale et son épanouissement personnel. Certes, tout individu puise dans les composantes prégénitales pour construire sa personnalité adulte, l’important étant que l’adulte parvienne à prendre une certaine distance par rapport à ses pulsions et ses tendances initiales.
9-7 Introversion et extraversion
Il existe différentes classifications dans le domaine de la caractérologie ; il s’agit de modèles ayant une fonction descriptive et classificatoire, aucun modèle ne peut donc prétendre rendre compte avec une totale exactitude de la diversité des caractères humains. Parmi les différentes typologies que propose la psychologie moderne, celle du psychanalyste Carl Gustav Jung permet de rendre compte avec une relative exactitude de la diversité des comportements et des conduites humaines.
La libido ne se réduit pas pour Jung à la pulsion sexuelle, mais consiste en une énergie et une pulsion vitale orientant le sujet vers le monde extérieur ou la vie intérieure, d’où les deux catégories fondamentales de sa typologie : l’introversion et l’extraversion. Ces deux catégories sont celles qui ont été principalement retenues dans la vulgate psychologique, mais il faut également tenir compte des quatre catégories permettant de classer ces deux types fondamentaux en fonction de quatre fonctions essentielles du psychisme : la pensée, le sentiment, l’intuition et la sensation. Il est donc possible à partir de là de concevoir un tableau à double entrée :
Deux sources ont permis à Jung d’élaborer cette théorie : 1) l’expérience clinique et 2) les différentes manifestations du psychisme dans la littérature et la culture. Définition du principe permettant d’effectuer cette différenciation typique : attitude ou orientation différente des hommes par rapport aux deux pôles essentiels de la conduite : le monde et le moi.
L’extraverti se caractérise par le désir de s’affirmer en déployant une activité grâce à laquelle il pourra se reconnaître dans son action sur le monde extérieur et les réalisations qu’il pourra effectuer. L’introverti se caractérise au contraire par le souci de la conservation et de la protection de soi. Le sujet est donc sans cesse orienté vers lui-même. Selon Jung, ces attitudes résulteraient de prédispositions naturelles, même si des éléments liés à l’environnement et aux relations avec autrui peuvent intervenir. Ces deux types d’attitudes générales cohabitent toujours chez l’individu, simplement l’une domine l’autre. D’autre part, Jung complète cette typologie binaire pour préciser les différentes formes que peuvent prendre les types d’attitudes générales en faisant appel aux quatre types fonctionnels : la pensée et les sentiments (rationnel) et l’intuition et la sensation (irrationnel)
La pensée
Il s’agit d’une fonction intellectuelle permettant un jugement objectif. L’introverti développera une forme de pensée plutôt spéculative déterminée par souci de rigueur logique sans faille. L’extraverti développera quant à lui une forme de pensée plus empiriste fondée sur les faits.
Le sentiment
Le sentiment est considéré comme rationnel dans la mesure où il est le plus souvent lié à l’accord du sujet avec des valeurs, ce qui suppose un jugement. Il permet d’accomplir l’acte subjectif d’acceptation ou de refus (aimer ou ne pas imer). Le jugement de valeur qui ne répond pas à une pure et simple impulsion suppose une réflexion et donc la mise en œuvre d’une certaine forme de rationalité.
Sentiment extraverti : un certain conformisme car les valeurs sont choisies en fonction des critères de l’environnement extérieur.
Sentiment introverti : indifférence et froideur par rapport au monde extérieur et autrui, en apparence, il ne s’agit pas d’insensibilité, mais plutôt d’une sensibilité perdue dans les profondeurs du psychisme (ambition démesurée et sans scrupule).
Les fonctions irrationnelles :
Sensation => perception consciente
Intuition => perception inconsciente
Sensation extravertie => « réalité »
Sensation introvertie => plus subjective
Intuitif extraverti => perception inconsciente du monde extérieur (habileté, perspicacité irrationnelle pour tirer parti des relations avec autrui)
Intuitif introvertie => plus « artiste », orienté vers l’imaginaire
9-8 Dépendance et indépendance
Le processus d’adultisation commence à la fin de l’adolescence, se poursuit pendant la jeunesse et décroît avec la vieillesse. Quels en sont les traits les plus visibles ? Le trait qui apparaît le plus manifestement est l’émancipation, l’affranchissement (sinon effectif, du moins prétendu) de la dépendance par rapport au milieu familial et éducatif. Mais cette indépendance n’est pourtant pas totale. D’une part parce que la dépendance affective par rapport au père ou à la mère ne disparaît jamais totalement. Et d’autre part parce qu’à la dépendance par rapport au milieu familial et scolaire succède d’autres dépendances (professionnelle, conjugale, sociale (conformisme))…
Ce qui explique qu’il y ait chez beaucoup d’adultes un sentiment de regret et de nostalgie à l’égard de l’enfance et de l’adolescence, cette nostalgie associant à une adolescence idéalisée l’image d’une liberté insouciante s’opposant à la liberté responsable de l’adulte. En fait, dans les deux cas (chez l’adolescent comme chez l’adulte) dépendance et indépendance se limitent mutuellement. Chez l’adolescent, il y a indépendance par rapport aux soucis de l’adulte et dépendance par rapport au milieu familial et scolaire. Chez l’adulte, l’indépendance ouvrant sur de nouvelles responsabilités est source de nouvelles dépendances.
9-9 Conclusion
La personnalité adulte doit donc être envisagée comme une réalité complexe et mouvante, il s’agit de l’unité du psychisme s’organisant sans cesse en fonction des divers facteurs concourrant à sa formation : les éléments constituionnels innés, les influences culturelles contribuant à la formation d’une personnalité de base, les déterminations liées au milieu social et les éléments purement psychologiques pouvant varier selon les individus (les expériences émotionnelles initiales, frustration, etc.). La conjugaison de ces divers facteurs contribue à la formation de types de personnalité qui se singularisent pour chaque individu.
Il convient également de préciser, pour conclure ce chapitre, que la personnalité adulte devra, en raison de l’évolution de la société, développer de plus en plus une grande faculté d’adaptation. Il est fort probable par exemple que les générations qui entrent aujourd’hui dans l’âge adulte auront à se former tout au long de leur vie professionnelle et devront peut-être même exercer plusieurs professions simultanées (multisalariat) au cours de leur existence.
